….ou l’art de savoir perdre son temps comme il faut.
Cet été, je suis de nouveau à Vence, dans le 06, près de Nice. Et comme chaque été depuis 3 ans, je suis chez ma mère grand, à aller travailler dans le camping juste à côté. Camping 3 étoiles, hein.
Charmant petit lieu dans la forêt, il offre des conditions idéales pour camper, cependant à un prix qui se vaut.
Ne serait-ce que pour moi. Parce que pendant que tout le monde se cale à bronzer, à faire la pétanque en buvant son pastis ou à se balancer à la flotte de la piscine, voire de forniquer comme des sauvages dans les sanitaires, eh ben C’EST MOI qui les nettoie, les sanitaires.
Et je peux vous dire que c’est pas marrant tous les jours. Mis à part le fait que je suis bien payé (10€ brut/h ça se laisse faire), et travaillant 35 heures par semaine, je nettoie tous les jours les douches, lavabos, bacs à vaisselle, et cuvettes où chacun vient poser son petit cul bien propre.
Je vais vous faire une journée type :
12h30 : Je commence à nettoyer les sanitaires de la piscine. Première difficulté, faire sortir tout le monde pour pouvoir nettoyer les pédiluves crades (noirs). Après avoir perdu 10 minutes, je sors enfin l’attirail. Je reste dans l’enceinte fermée de la piscine pendant 1h30 grosso modo. Après les pédiluves, je fais le dallage devant la piscine, là où les gens sont censés enlever leurs chaussures. Comme d’hab’, c’est cradingue à souhait, je galère à faire partir les traces noires, je m’aide de ma peau, le balai-brosse n’est pas assez fort. Puis c’est le tour des chiottes, où je me rend compte que les petits cons qui ne voulaient pas sortir m’ont laissé un souvenir qui m’évoque un concours de celui qui pisse le plus haut. Quand j’ai fini, je repose mes gants et mon seau, je remplis les pédiluves, en fumant ma clope, tranquille, en cherchant un truc pour rester à rien faire jusqu’à 14h. J’appelle des potes, je fais mes besoins, tout ça…
13h40 : Je sors de la piscine, je me cache pour ne pas me faire voir par mon collègue branleur qui a le commandement et qui peut me faire virer si il dit les bons mots au patron. Je vais voir le jeune qui bosse à l’entrée, je change mon trousseau de clés pour celui des sanitaires généraux. Je fume une autre clope. En fait, c’est ma 4eme de la journée, depuis que je suis arrivé. Je papote et je me démerde pour arriver aux sanitaires à 14h
14h : Je rejoins mon filou de collègue, on parle un peu, histoire de faire passer le temps
Oui, parce qu’en fait, à deux, on peut faire le taf en 3h si on veut vraiment, mais comme c’est que moi qui travaille vraiment en récurant, et lui qui passe le jet d’eau.
14h15 : là je fais dans l’ordre :
-
des lavabos
-
des chiottes
-
des bacs à vaisselle
-
des chiottes turques (plus bas, et plus dures à laver, en plus c’est bien crade)
-
des lavabos (plein, cette fois!)
-
des douches
-
des lavabos encore
-
des douches (où les gens baisent potentiellement, et n’assument pas, car ils ressortent tout rouges)
-
des chiottes (pleiiiiin)
-
des bacs, encore
-
et enfin, les vidanges des caravanes, en gros des grosses cuvettes qui puent la merde, la pisse, d’autres trucs plus discrets, et le chimique.
16h : putain, c’est encore trop tôt, je bosse trop vite. J’ai fumé 5 clopes pour me ralentir, sinon à 15h, j’aurai déjà fini. Je racle la flotte pour que ça sèche plus vite, et que ceux qui rentrent dans les chiottes malgré la pancarte quand j’ai le dos tourné ne se cassent pas la gueule.
16h50 : je me suis débrouillé pour perdre encore du temps comme un connard en parlant avec les clients qui me connaissent. Je fais les papiers toilettes qui manquent dans les distributeurs.
17h15 : On redescend, en fumant ma 10 eme clope en 5 heures de boulot, la honte des poumons. Je rentre chez ma grand mère, et je me chope un cornet de glace au congélo avant de remonter me poser, puis de prendre une douche (d’ailleurs après avoir fini d’écrire ce texte, j’y vais).
Le problème dans ce genre de boulot, c’est que t’as l’impression de bosser pour rien. Tu comprends mieux les bénévoles sur les plages, lors de marées noires.
En plus, malgré le fait que tu sois potable comme mec, le fait de te trimballer avec un seau de produit nettoyant, et des gants aux mains, tu restes un mec que les filles ne veulent pas approcher, même quand tu viens passer une soirée avec eux le soir, tout propre. De toutes façons, les filles sont trop jeunes, et ont des frères jaloux (ha la la, l’inceste…) ou des parents cocoon. Bref, tu es à la diète sexuelle pendant un mois, mais au moins t’es bien payé. De quoi te laisser supporter l’arrogance des enfants des étrangers et le mépris des parents français. Les autres sont adorables avec toi, et te filent même des fois du pourboire.
Voilà, pensez à ceux qui nettoient vos réceptacles à postérieur, sinon ils vous laisserons les chiottes sales. Et puis vous avez le droit de les draguer, hein, ils mordent pas… enfin pas fort.