Qui ne saute pas…

…n’est pas ?

Soyons clairs, j’habite Toulouse et sa banlieue depuis que j’ai 11 ans, à peu près. Quand tu viens du 9-3, tu ne peux qu’apprécier. Mais bien que j’aie réussi à m’intégrer, j’ai dû composer avec certaines bizarreries du coin, allant du pittoresque au carrément gonflant. Analyse.

D’abord, le premier choc que tu te tapes, en arrivant dans la région, c’est quand tu demandes un pain au chocolat. Toute la France, Montpellier excepté, s’accordera pour te dire à quoi ça ressemble et que c’est le meilleur copain du croissant. A Toulouse, quand tu demandes ça, tu as deux options : soit on se fout de ta gueule, en te traitant de parigot, soit on fait semblant de ne pas comprendre ce que tu veux. Il faut savoir que par chez moi, tu es OBLIGÉ de dire “chocolatine. Nom féminin. Le plus marrant, c’est que la mauvaise foi des autochtones se manifeste quand ils te sortent la phrase culte : “mais enfin, dans tout le sud, on dit ça !”. Non désolé, pratiquant la côte d’azur quasiment chaque été depuis ma naissance, je peux vous assurer, mon brave, qu’à Nice, on dit pas chocolatine. De plus, on risque de ne pas comprendre ce que vous voulez, et on vous facturera un viennois au chocolat, bien plus cher (faut bien payer le loyer du local, hein).

Le meilleur copain de la chocolatine, c’est bien entendu la poche. Tout le monde comprendra par cette expression qu’il s’agit d’une partie d’un vêtement pouvant stocker ses clés, des papiers, un portefeuille, un briquet, son bout d’shit. EH BEN NON ! Ici, ça désigne un sac plastique de caisse. On dit aussi “poche plastique”, pour éviter de se tromper. Mais j’ai quand même affaire, au travail, à des incohérences. Quand je propose une poche, on me dit “non merci, mais mettez moi un sac, à la place d’une poche isotherme”. WHAAAAAT ? Un client normal, tu lui parles d’une poche, s’il est pas en caisse, il te dira que c’est le truc plastique à 3cts. Et que un sac, c’est sûrement un sac isotherme. Mais je sais pas, je pense qu’une fois en caisse, les acquis sont chamboulés. Mettez-vous d’accord, putain. Après, on dit aussi “la malle” pour parler d’un coffre de bagnole, mais ça tient plus de l’histoire de l’automobile, où effectivement, une malle était posée derrière, d’où l’expression. Après, ne blâmons personne. Après tout, à Angers, il est question de “baiser des fillettes” quand il est question d’alcool.

Toulouse est connue pour son fameux quart d’heure. La traduction se fait ainsi : si on vous dit qu’on se retrouve à un endroit précis à 18.00, votre interlocuteur n’arrivera pas avant 18.15, “period”. En revanche, si on vous dit “j’arrive dans un quart d’heure”, comprenez “j’arrive dans une quart d’heure”. C’est plus clair, avec la trad, non ? Attention : cette règle s’ajoute à n’importe qui venant à Toulouse étant déjà habitué à être en retard. Donc, on cumule. Pute.

Toulouse, c’est la ville du rugeux bi. Avec plusieurs victoires au ballon ovale, ça se comprend. Mais gare ! Ne pas aimer le rugby dans le coin, c’est mauvais pour la santé. On vous regarde de haut, en vous disant que vous n’êtes donc pas un vrai toulousain. En même temps, moi, voir des pédés refoulés se toucher le cul et faire une partouze sur gazon, tout ça pour choper un truc en forme de burne en se faisant tomber les uns les autres…. ça m’en touche l’une sans faire bouger l’autre.

Attention, pour autant, je suis pas fan du TFC (“téfécé”). Le foot, c’est un sport de tarlouzes qui s’assument à moitié, supporté par plein de tarlouzes refoulées, elles. Bon, qu’on soit au clair, j’ai rien contre les homos, “j’ai moi-même un très bon ami gay”, qui est supporter du TFC, comme quoi, mes propos sont pas complètement fondés. Oh, wait …

A Toulouse, on ne peut pas se tuer sur les voies de métro. Essaie encore.

A Toulouse, on est de mauvaise foi. Ça se traduit de plusieurs façons. Un jour, un grand homme m’a dit : “Toulouse, c’est la seule ville où un mec te dit NOIR, un jour, et deux semaines après, il jurera t’avoir dit BLANC”. A méditer, donc. On te dit aussi que tu as du soleil 360 jours sur 365. Bon, alors, la mauvaise foi ne va pas jusqu’à dire que y’a les rayons du soleil tous les jours de l’année, comme partout dans le monde, hein. Mais par contre, on te dit pas que le soleil est là quasiment toute l’année, toute la journée. On te laisse le croire. En fait, oui, il y a du soleil. 360 jours par an. Par contre, on te dit pas combien de temps à chaque fois. Ça peut aller de la journée entière à l’éclaircie de 2 minutes.

Les toulousains ont un gros problème en géo. Pour eux, au dessus de Montauban (45 minutes en caisse, si on se traîne), c’est le NORD. Pour moi, le Nord, c’est Lille, et c’est marre. Mais non, en fait, si t’es pas de Haute-Garonne ou de Montpellier, tu es du Nord. Et c’est presque mal vu, mais en même temps, Toulouse c’est la meilleure ville du monde ! Une chose est agréable, c’est qu’il n’y a pas de rivalités avec Paris, même si là bas on pense qu’à Toulouse, les vaches broutent sous les barres d’HLM. En revanche, on n’aime pas Marseille, parce qu’on trouve qu’ils sont arrogants, mais bon, c’est pas comme les Bordelais, qu’on exècre vraiment. Et puis y’a les Tarbais qui sont bizarres, les gens de Auch, qui sont un peu arriérés, un peu comme tout le Gers, l’Ariège, l’Aveyron… (on me fait signe que deux personnes au moins viendront me casser la gueule pour avoir osé dire ça)

En fait, ce qui est amusant, c’est que j’habite au calme, à 5mn montre en main et volant dans l’autre de la bordure de Toulouse. Mais la plupart des gens s’imaginent que je suis au calme, donc je suis à la cambrousse. Typiquement parisien, ce comportement toulousain, n’est-il pas ?

Parlons de la circulation. C’est simple. Le clignotant est une option, un peu comme le feu rouge. Mais pas autant que les cyclistes : eux, ils ne le connaissent pas. Je pense que c’est le fait de pédaler, ça doit demander une activité cérébrale venant inhiber celle qui a pour but de repérer les feux tricolores et d’appliquer les règles. La priorité est à celui qui va plus vite, ou à celui qui n’a pas peur d’esquinter sa caisse. J’ai une vieille bagnole, donc je vous dis, c’est moi qui prends la priorité, souvent \o/. (yay…)

A Toulouse, il fait humide. Donc, quand il fait chaud, vous crèveriez pour être sur la banquise. Et quand il fait froid, il vaut mieux avoir des vêtements étanches, coupe-vent, et chauds. Le truc, c’est que si on vient du “nord” et qu’on dit qu’on a froid, les toulousains vous regardent comme si une deuxième tête vous avait subitement poussé et vous assènent un : “mais tu viens du NORD, tu ne peux pas avoir froid !”. En même temps, les toulousains sont tous frileux…alors qu’ils sont sensés y être habitués, non ?

Mais bon, je ne me plains pas. Toulouse est une belle ville, déjà, avec un air plus que respirable, pas comme certains endroits (je ne vise pas Lyon, Marseille ou Paris, loin de moi cette idée). On a quand même un bon système de transports en commun, avec un métro, un tram, des bus, même la nuit. On a plusieurs cinés, avec la 3D, on a accès à toutes les technologies, on peut vite être au vert (15 minutes, environ), un beau patrimoine architectural, pas mal de bars chouettes, la mer aussi proche que la montagne (et donc l’Andorre, ses clopes, son alcool, ses autoradios défectueux…).

Et puis, je me suis dépucelé dans cette ville, donc c’est que c’est quand même pas si mal, non ?

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