Protégé : Descente sans rappel
Entrez votre mot de passe pour accéder aux commentaires.
Entrez votre mot de passe pour accéder aux commentaires.
Bon, ça devait être une soirée pépère, commençant à une adresse de Toulouse bien sympathique, soit le café “Un bout du monde”, où je devais y retrouver mes amis.
Il faut savoir que depuis que j’ai un véhicule de tourisme à motorisation diesel, m’voyez, je prends rarement les transports en commun, surtout quand je risque de repartir tard. Donc, nous sommes vendredi soir, dans un Toulouse où il fait bon, et où tout le monde est soulagé de la fin des évènements récents. Tout le monde dehors, donc. Et dans les rues, ça bouchonne. Au milieu de ce merdier, moi. Dans ma petite bagnole. A écouter du Dope à fond les feuilles, pour canaliser mon énervement qui va crescendo. Je ne trouve pas de place, je vois des gens qui se garent juste devant moi, sur les derniers emplacements disponibles… Bon ! Je refais un tour….. Voilàààààà, je repasse par les boulevards… Je suis de nouveau à St Sernin, et là, j’aperçois enfin un vieux qui va quitter les lieux avec sa voiture. YES ! Je m’approche de lui, clignotant et première vitesse enclenchés, paré à vrombir. Il prend son temps l’animal… Allez magne-toi le cul, le vieux, MAGNE TOI LE CUL ! On m’attend !
Enfin, il recule. Et là, de ma droite, arrive un putain de 4×4… Je hais les 4×4, mais alors si en plus, c’est un citadin, toutes options, excessivement cher et inutile, j’explose. Et il essaie de me piquer la place, l’enculé ! Oh là, y’m'cherche, lui ? Ni une ni deux, je m’interpose entre lui et MA place de parking, que j’attends depuis un moment. Il me klaxonne, appels de phares, ouvre sa fenêtre et me traite de petit con. Je sors direct, je défonce ma portière en la refermant, je m’approche de lui à 10 cm de son visage. “C’est quoi ton problème, espèce de connard ?! Tu pensais que t’allais me piquer la place, avec ton tas de boue à 1 million 4′ ?” Il me regarde, hautain, prêt à venir en découdre avec moi (il était quand même pas mince, le monsieur) “Non, mais tu vas me parler autrement, petite merde, sinon, je vais ….” . Je le laisse pas finir : “C’est toi qui va changer ta façon d’être, fiston” Je continue, hors de moi, dans un état que peu de gens ici ont pu voir. “Tu vois chacun de tes phares, là ? J’en ai rien à battre, je vais te les péter un à un, et tu vas casquer… 150 € la pièce ? Et après, si tu oses sortir, c’est toi que je défonce.” .
Eh ben, je sais pas comment, mais il est vraiment resté dans sa bagnole. Et ses yeux montraient clairement un “oh merde, mais il le ferait, ce con ! “. Fallait pas me faire chier. Je ne sais même plus si il était seul dans sa caisse ou pas. Je suis remonté, et je me suis garé, posément. Puis j’ai rejoint mes potes, à bloc. D’ailleurs en les voyant, l’une d’entre elles essaie LOURDEMENT de me faire un câlin (elle se reconnaîtra). Les gens me connaissant et aussi ayant un minimum de bon sens savent qu’il ne faut pas m’approcher dans ces cas là, et de me laisser redescendre tout seul, comme un grand. Mais non, elle insiste et même me force à lui faire un hug. Je la mets en garde en lui laissant un laps de temps court pour me lâcher, sinon, je lui en colle une. Elle m’ignore, pensant encore une fois que je ne le ferai pas. Un autre amie l’éloigne, à la fois parce qu’elle me connaît, et aussi parce qu’elle a vu ma main commencer à se lever. Sur ce, on me paie un verre de blanc, que je tombe en 25 secondes, parce que cul sec, c’aurait été un sacrilège (en plus il était bon !), sous les yeux ahuris d’un autre pote qui m’a vu rentrer les nerfs en pelote.
Pendant que du coton m’envahit la bouche, et commence à m’apaiser, nous nous dirigeons vers “Chez ta mère”, où manifestement il y a soirée hommage à Brigitte Fontaine. Il faut savoir que je ne connais pas le public de Fontaine, ses textes non plus, sa tête, encore moins, et je me suis même demandé si elle n’était pas morte, à cause de cet hommage. En chemin, une des filles avec qui j’étais me parle de sa journée et d’un gamin autiste lui ayant collé une baffe. Et elle m’en colle une, pour me montrer la surprise qu’elle a eu elle même , plus tôt. Ma politique est simple et connue de pas mal d’entre vous. Je cogne rarement. Si on me colle une baffe sans aucune raison, c’est la seule fois que ça se produit, sans que je réponde. La suivante, je serai sans pitié (on m’a souvent traité de boucher, de brute, suite à ces propos). En fait, au moment où elle m’a collé la baffe, tous les autres lui ont sauté dessus : “nononononnonnon !” “oulà, surtout pas !”. Bien que bourrée, elle n’avait pas d’excuse. Alors elle voulait se racheter en me faisant des bisous. Je vous vois venir. Si je ne lui ai pas fait de remarque salace, c’est bien parce que j’étais énervé. Déjà, à cause de la voiture, ensuite, elle…. Non, décidément, cette soirée commençait pas bien.
Et puis on est arrivé. Oh oh oh ! Rien ne pourra aussi bien dépeindre l’amusement qui m’a envahi en entrant. Alors, des couleurs de cheveux pour le moins fulgurantes, des dread locks, des coupes improbables, des femmes fuyant les hommes (SI ! J’EN AI VU !), des poils sous les bras… Et des tableaux, mamma mia…. Je ne sais pas comment je peux vous décrire à quel point c’était à chier. Des espèces d’apollons, aux proportions moisies, le tout en teintes de gris et de couleurs froides, avec des décors thème “iTchernobyl, It’s a Revolution !”. Je vous jure que c’est vrai ! Bon, tout le monde me regarde bizarrement. Enfin, c’est ce que je pensais au début. En fait, ce soir, tout le monde regardait bizarrement, donc, j’en ai déduit que c’était des regards normaux. Arrivent ensuite des gens sur la scène, épurée, avec un piano et un micro. S’installent deux personnes. Ils décident de nous interpréter “Je suis vieille et je vous encule”, chanson qui m’a plu. Mais les choses ont commencé très vite à devenir encore plus awesome ! Le chanteur ne devait pas en être à son premier verre, et se tenait un peu comme Iggy Pop, tordu de tout son être. Pour rajouter au surréalisme, il s’est mis à gueuler dans un micro manifestement pas fait pour ça, et forcément, ça sature. Sauf que moi, j’étais au premier rang, les feuilles bien exposées. J’ai réussi à mettre des bouchons pour me protéger, le tout avec une discrétion que je ne me connaissais pas. Bref. Ils ont continué et fini la chanson, et furent suivis par un pianiste et une chanteuse aux cheveux bleus, aux yeux globuleux qui cernaient tout le public. Son chant était pas trop mal, si ce n’est qu’elle ne s’entendait pas, et du coup, ça s’entendait. Mais encore, ça, ça va!
Dites-vous que nous étions avec la crème de la crème du circuit underground ! Des pointures, ces gens, ouais mon pote. Un public d’au moins 100 personnes, qui parlaient tous entre eux, pendant les chansons, et qui disaient à haute voix comme si les chanteurs n’existaient pas que c’était vraiment de la merde. J’a-do-re !
Du coup, à la fin de la soirée, je rigolais vachement plus qu’au début, et ça quand même, c’est bien.

Ce soir, j’étais bourré, comme souvent. Alors que j’errais dans cette soirée, Dieu est venu me parler. Ouais ouais, Dieu. Carrément.
“Guillaume, mon fils, mon enfant, ma création, mais enfin, que t’es-t’il arrivé ? Je n’entends plus tes prières, je n’entends plus ton amour envers moi, tu ne me parles plus, cela fait si longtemps… Tu t’es éloigné du droit chemin !”
Je lui répondais : “Désolé, Dieu, mais en effet, je ne crois plus en vous. Vous m’avez déçu. Vous qui vous décrivez comme étant un bon dieu, un dieu miséricordieux, un dieu généreux… Cela fait longtemps que je ne crois plus aux miracles que vos apôtres nous chantent tant.”
Je reprenais une gorgée : “Vous, qui nous avez réuni. Vous, qui nous aspergez de votre présence, partout, tout le temps, grâce à votre omniprésence, plus que grâce à votre soi-disant omnipotence. Êtes-vous seulement conscient de ce que vous faites, ou bien vous l’ignorez complètement ?”
Après avoir dit ça, je m’attendais à son courroux. Du moins, à ce qu’il me fustige d’un regard, ou d’une parole divinement douloureuse. Il n’en fut rien. Il prit un air triste, et je n’arrivais pas à cerner s’il s’agissait d’une expression sincère ou non.
“Mon pauvre enfant, tu m’inspires tellement de pitié, c’est d’une tristesse. Je n’arrive pas à comprendre comment tu as pu choisir de vivre ainsi.”
J’enchaînais.
“Mais je vis très bien, mon seigneur, si vous permettez. Vos paroles, voyez-vous, ne résonnent dans ma tête que comme un ramassis de conneries. Lorsque vous parlez d’amour envers vos créatures, je ne ressens là qu’un désir de plaire à toutes et tous. Ce besoin que vous avez d’être aimé de tous les êtres que vous croisez, sans aucune distinction. Si vous nous aimez tant, pourquoi être aussi vil ? Pourquoi dire à vos ouailles les plus ferventes des horreurs comme j’ai pu en entendre au fil du temps ? Vous avez eu des actions ou des propos vis à vis de certains qui m’ont choqué, déçu, et qui m’ont fait perdre la foi, en effet. Mais ceci est de votre fait, je n’ai rien à me reprocher.”
Il prit un air étonné.
” Mais enfin, Guillaume, jamais je n’ai été comme tu me décris. Ces gens là – qu’importe de qui il s’agit – t’on égaré avec leur poison ! Lorsque tu entends de pareilles choses, tourne-toi vers moi, et laisse ton coeur me joindre, et tu sauras que je t’aime, car je suis bon.”
C’était hallucinant. Dieu, était en campagne présidentielle, à vouloir serrer des mains à tout le monde, et rallier toutes les potentielles voix. Même la mienne, alors qu’il savait ce que je pensais de lui. Il savait, que j’avais beaucoup plus incisif à lui vomir à la figure, mais je n’avais pas besoin de le faire. Nous savions, c’est tout.
Il ouvrit ses bras, et me dit : “Viens, Guillaume. Viens, mon enfant, agenouille-toi devant moi, que je te donne ma bénédiction. Il ne sera pas dit que je ne pardonne pas.”
Afin qu’il me foute la paix, je m’exécutais, las. J’étais à genoux, et j’entendis sa voix, à mon oreille : “J’aime toutes mes créatures, car je veux qu’elles m’aiment aussi. Je ne veux pas te perdre à nouveau pour le malin !”
Une fois les usages terminés, que j’avais effectué à contrecoeur, mais pour satisfaire son ego, je m’en allais, pour me resservir.

Faut toujours qu’il vienne me parler quand je suis déchiré, ce con…
Je sais, les enfants sont innocents, les enfants apprennent, les enfants découvrent… En attendant, c’est dingue ce qu’ils peuvent être chiants !
Je viens de prendre le métro et rien que là, j’ai eu des envies de meurtres. D’abord la vieille qui laissait son coude sur mon dossier de strapontin, à qui j’ai rêvé un instant de lui briser l’épaule. Mais juste après ont suivi les jeunes mamans de 25 ans et leurs gosses de 6 ans, bousculant tout le monde à grands coups de “Pardooooon, pardoooooon !” faussement voulus juste pour se coller devant les vitres (ceci, dans les rames où pour être près de la vitre, il faut être assis, en fait). Avec sa frangine, ils gueulent, et malgré les histoires amusantes de la IIIe légion (excellente saga en mp3, d’ailleurs) qui me divertissent les oreilles via un casque coupant du monde, je les entends très bien, et je fixe intensément les tunnels, pour éviter de me lever et de gueuler sur la mère qui n’en a strictement rien à foutre de ses chiards. D’ailleurs, je lui donne à peine 25 ans, à la nana. Sûrement une erreur de jeunesse, mais mal assumée, pour le coup. Bien, bien. Je tiens le coup.
C’est ma station. Je sors, devancé par un jeune ado et son pote, en train d’ostensiblement jouer à la PeuSeuPeu devant tout le monde. Il la garde devant lui, à portée de choure, même dans l’escalator. Je passe à côté de lui en lui tapotant sur l’épaule. Il me regarde. Moi pas, je regarde devant moi. “Range-la”. Il s’exécute immédiatement, comprenant que c’est un conseil qu’il vaut VITE suivre, en sortant de rame.

J’arrive enfin chez l’ophtalmo. Heureusement pour mon ulcère virtuel, et hypothétique, j’ai pas pris rendez-vous neuf mois auparavant. Je déboule donc dans un cabinet, et par politesse, je range mon bordel à musique, le lecteur dans le sac, et le casque pliable (plié, donc), dans son étui. Je savais pas que c’était un cabinet de 3 ophtalmos, avec 5 secrétaires, et une salle d’attente grande, et remplie de gens. Des vieux, des chiards avec leurs parents, et des couples avoisinant les 50 ans bien ménopausés. La super fête du slip. Je suis le seul “jeune”, dans la salle, et je regrette très vite d’avoir enlevé mon caisson d’isolation sensoriel portatif. En même temps, si je veux entendre, quand on m’appelle, et ne pas perdre des précieux instants de malaises à ranger mes câbles, j’ai pas le choix. Déjà, je suis agacé par les deux quinquas à ma gauche qui ne font que maugréer parce qu’on passe tout le temps avant eux, selon leurs dires. Ne pas comprendre qu’à 3 docteurs différents, ordre de consultation différent, c’est indigne. Même pour un CM1. Alors, un peu de tenue, bordel !
A côté d’eux, ou plutôt devant, et par terre… bref, au milieu de la salle d’attente, une maman et sa gamine de 2 ans. La gamine passe son temps à jouer avec des jouets pour enfants en bas âge (comprenez que si elle arrive à avaler les pièces, elle a une grande carrière dans le porno à gorges profondes qui l’attend dans 16 ans)… Devant une maman qui dit quand elle tape avec sur un parquet qui résonne dans une salle faisant 4 mètres de haut “non, arrête, c’est pas bien”, avec la même ferveur que Vincent Delerm (chais pas comment ça s’écrit) qui aurait pris de la kétamine et du myolastan par paquet de douze. Dans la salle d’attente, tout le monde, je dis bien TOUT LE MONDE, a les yeux fixés sur cette gamine, bruyante, et contente de son public. Ça la motive, elle se sent comme si elle faisait un Bercy (je sais de quoi que je cause, quand même, je suis bassiste, hé), alors elle donne ce que le public attend d’elle : ENCORE PLUS DE BRUIIIIIIIT !!!!! Les minutes sont longues. LONGUES. Arrive alors un nouveau challenger : il s’appelle Mathias, je vous jure, je l’invente pas. Il a 4 ans, et il est motivé, lui aussi. Il pousse fièrement la poussette bruyante à la place de sa mère qui lui dit d’un ton pas très assuré qu’il doit rester près d’elle.
Au final, j’ai pas attendu trop longtemps. La visite s’est faite vite, le toubib a regardé mes yeux, j’ai une bonne tension, et 10 à chaque oeil, ce qui est amusant, quand on connaît ma consommation d’écrans et de lumières artificielles. Merci, au revoir, et 45 €, pas encore remboursés à cause de démêlés de sécu. TOUT ÇA POUR ÇA ?
ENCULÉ !

Plus sérieusement, j’ai toujours eu un problème avec les parents laxistes comme pas permis. Les voir, ça me déclenche direct une envie de torsion cervicale devant leurs enfants, leur mettre la tronche sur leur progéniture, et leur dire en hurlant comme un zombie déchaîné :”Tu vois ce que tu fais, connasse ? C’est ça que tu vas nous laisser comme descendance ? Un connard mal élevé parce que t’as trop été occupée à lire tes textos et à faire la maman qui a déjà beaucoup de boulot-tu-comprends ? Mais c’est ta faute, ta responsabilité ! Tu as voulu ou non un enfant, tu le gères, tu l’élèves, et si tu as le temps, tu l’aimes. Mais fais en quelqu’un de correct, avant !”. Dites vous bien que ces enfants-là, ils vont être nos futurs toubibs, serveurs, vendeurs, collaborateurs, etc… J’ai pas envie que la relève soit une bande de connards mal élevés, parce que les parents les ont nourri à la ps3, pour être peinard en regardant Desperate housemilfs sur le canapé, en 3d, sur écran géant, dolbysurroundstéréolaserquadriphasé, le tout à crédit. Je veux pouvoir compter sur la politesse des mecs avec qui je vais bosser. Je fais déjà partie de la génération Kevin, j’ai pas envie que la génération Matisse et Léa rajoute une couche à la misère sociale environnante, gavée de téléréalité navrante.
Au final, je suis rentré, via le métro jusqu’à ma voiture, en filant droit devant les débiles à scooters, les ignorant comme la peste, la haine de la race humaine figée sur mon visage, en mode “me casse pas les couilles, sinon, je t’arrache la carotide avec mes dents avant que tu n’aies le temps de me demander une clope”, de la musique bourrine sur les oreilles. Une fois dans la voiture, j’ai pu me décrisper.
Bonus : voilà ce qui m’a beaucoup inspiré, et j’en ai rien à foutre que plein de gens lui vomissent dessus :
…n’est pas ?
Soyons clairs, j’habite Toulouse et sa banlieue depuis que j’ai 11 ans, à peu près. Quand tu viens du 9-3, tu ne peux qu’apprécier. Mais bien que j’aie réussi à m’intégrer, j’ai dû composer avec certaines bizarreries du coin, allant du pittoresque au carrément gonflant. Analyse.
D’abord, le premier choc que tu te tapes, en arrivant dans la région, c’est quand tu demandes un pain au chocolat. Toute la France, Montpellier excepté, s’accordera pour te dire à quoi ça ressemble et que c’est le meilleur copain du croissant. A Toulouse, quand tu demandes ça, tu as deux options : soit on se fout de ta gueule, en te traitant de parigot, soit on fait semblant de ne pas comprendre ce que tu veux. Il faut savoir que par chez moi, tu es OBLIGÉ de dire “chocolatine“. Nom féminin. Le plus marrant, c’est que la mauvaise foi des autochtones se manifeste quand ils te sortent la phrase culte : “mais enfin, dans tout le sud, on dit ça !”. Non désolé, pratiquant la côte d’azur quasiment chaque été depuis ma naissance, je peux vous assurer, mon brave, qu’à Nice, on dit pas chocolatine. De plus, on risque de ne pas comprendre ce que vous voulez, et on vous facturera un viennois au chocolat, bien plus cher (faut bien payer le loyer du local, hein).

Le meilleur copain de la chocolatine, c’est bien entendu la poche. Tout le monde comprendra par cette expression qu’il s’agit d’une partie d’un vêtement pouvant stocker ses clés, des papiers, un portefeuille, un briquet, son bout d’shit. EH BEN NON ! Ici, ça désigne un sac plastique de caisse. On dit aussi “poche plastique”, pour éviter de se tromper. Mais j’ai quand même affaire, au travail, à des incohérences. Quand je propose une poche, on me dit “non merci, mais mettez moi un sac, à la place d’une poche isotherme”. WHAAAAAT ? Un client normal, tu lui parles d’une poche, s’il est pas en caisse, il te dira que c’est le truc plastique à 3cts. Et que un sac, c’est sûrement un sac isotherme. Mais je sais pas, je pense qu’une fois en caisse, les acquis sont chamboulés. Mettez-vous d’accord, putain. Après, on dit aussi “la malle” pour parler d’un coffre de bagnole, mais ça tient plus de l’histoire de l’automobile, où effectivement, une malle était posée derrière, d’où l’expression. Après, ne blâmons personne. Après tout, à Angers, il est question de “baiser des fillettes” quand il est question d’alcool.
Toulouse est connue pour son fameux quart d’heure. La traduction se fait ainsi : si on vous dit qu’on se retrouve à un endroit précis à 18.00, votre interlocuteur n’arrivera pas avant 18.15, “period”. En revanche, si on vous dit “j’arrive dans un quart d’heure”, comprenez “j’arrive dans une quart d’heure”. C’est plus clair, avec la trad, non ? Attention : cette règle s’ajoute à n’importe qui venant à Toulouse étant déjà habitué à être en retard. Donc, on cumule. Pute.
Toulouse, c’est la ville du rugeux bi. Avec plusieurs victoires au ballon ovale, ça se comprend. Mais gare ! Ne pas aimer le rugby dans le coin, c’est mauvais pour la santé. On vous regarde de haut, en vous disant que vous n’êtes donc pas un vrai toulousain. En même temps, moi, voir des pédés refoulés se toucher le cul et faire une partouze sur gazon, tout ça pour choper un truc en forme de burne en se faisant tomber les uns les autres…. ça m’en touche l’une sans faire bouger l’autre.

Attention, pour autant, je suis pas fan du TFC (“téfécé”). Le foot, c’est un sport de tarlouzes qui s’assument à moitié, supporté par plein de tarlouzes refoulées, elles. Bon, qu’on soit au clair, j’ai rien contre les homos, “j’ai moi-même un très bon ami gay”, qui est supporter du TFC, comme quoi, mes propos sont pas complètement fondés. Oh, wait …
A Toulouse, on ne peut pas se tuer sur les voies de métro. Essaie encore.
A Toulouse, on est de mauvaise foi. Ça se traduit de plusieurs façons. Un jour, un grand homme m’a dit : “Toulouse, c’est la seule ville où un mec te dit NOIR, un jour, et deux semaines après, il jurera t’avoir dit BLANC”. A méditer, donc. On te dit aussi que tu as du soleil 360 jours sur 365. Bon, alors, la mauvaise foi ne va pas jusqu’à dire que y’a les rayons du soleil tous les jours de l’année, comme partout dans le monde, hein. Mais par contre, on te dit pas que le soleil est là quasiment toute l’année, toute la journée. On te laisse le croire. En fait, oui, il y a du soleil. 360 jours par an. Par contre, on te dit pas combien de temps à chaque fois. Ça peut aller de la journée entière à l’éclaircie de 2 minutes.
Les toulousains ont un gros problème en géo. Pour eux, au dessus de Montauban (45 minutes en caisse, si on se traîne), c’est le NORD. Pour moi, le Nord, c’est Lille, et c’est marre. Mais non, en fait, si t’es pas de Haute-Garonne ou de Montpellier, tu es du Nord. Et c’est presque mal vu, mais en même temps, Toulouse c’est la meilleure ville du monde ! Une chose est agréable, c’est qu’il n’y a pas de rivalités avec Paris, même si là bas on pense qu’à Toulouse, les vaches broutent sous les barres d’HLM. En revanche, on n’aime pas Marseille, parce qu’on trouve qu’ils sont arrogants, mais bon, c’est pas comme les Bordelais, qu’on exècre vraiment. Et puis y’a les Tarbais qui sont bizarres, les gens de Auch, qui sont un peu arriérés, un peu comme tout le Gers, l’Ariège, l’Aveyron… (on me fait signe que deux personnes au moins viendront me casser la gueule pour avoir osé dire ça)
En fait, ce qui est amusant, c’est que j’habite au calme, à 5mn montre en main et volant dans l’autre de la bordure de Toulouse. Mais la plupart des gens s’imaginent que je suis au calme, donc je suis à la cambrousse. Typiquement parisien, ce comportement toulousain, n’est-il pas ?
Parlons de la circulation. C’est simple. Le clignotant est une option, un peu comme le feu rouge. Mais pas autant que les cyclistes : eux, ils ne le connaissent pas. Je pense que c’est le fait de pédaler, ça doit demander une activité cérébrale venant inhiber celle qui a pour but de repérer les feux tricolores et d’appliquer les règles. La priorité est à celui qui va plus vite, ou à celui qui n’a pas peur d’esquinter sa caisse. J’ai une vieille bagnole, donc je vous dis, c’est moi qui prends la priorité, souvent \o/. (yay…)

A Toulouse, il fait humide. Donc, quand il fait chaud, vous crèveriez pour être sur la banquise. Et quand il fait froid, il vaut mieux avoir des vêtements étanches, coupe-vent, et chauds. Le truc, c’est que si on vient du “nord” et qu’on dit qu’on a froid, les toulousains vous regardent comme si une deuxième tête vous avait subitement poussé et vous assènent un : “mais tu viens du NORD, tu ne peux pas avoir froid !”. En même temps, les toulousains sont tous frileux…alors qu’ils sont sensés y être habitués, non ?

Mais bon, je ne me plains pas. Toulouse est une belle ville, déjà, avec un air plus que respirable, pas comme certains endroits (je ne vise pas Lyon, Marseille ou Paris, loin de moi cette idée). On a quand même un bon système de transports en commun, avec un métro, un tram, des bus, même la nuit. On a plusieurs cinés, avec la 3D, on a accès à toutes les technologies, on peut vite être au vert (15 minutes, environ), un beau patrimoine architectural, pas mal de bars chouettes, la mer aussi proche que la montagne (et donc l’Andorre, ses clopes, son alcool, ses autoradios défectueux…).
Et puis, je me suis dépucelé dans cette ville, donc c’est que c’est quand même pas si mal, non ?
Voici une technique fort utile qui vous permettra de comprendre le vrai sens dans les phrases mal foutues de vos clients. La traduction a été faite par un algorithme tourmenté (soit mon esprit), ce qui explique pourquoi ce n’est pas évident pour tout le monde :
- J’ai pas trouvé = J’ai pas cherché.
En effet, il est important de prendre en compte la distance parcourue du client depuis la porte d’entrée. Plus il en est proche, plus la traduction est valable.
- Vous rangez tellement bien ! = Vous allez faire ça à ma place, parce que j’ai pas envie / chuis un(e) branleur(euse) / je suis riche / espèce de sale travailleur / trostkyste !
- Comment ça, les poches plastiques sont payantes ? = Bien sûr que je le sais, mais j’espérais pouvoir gratter 3 centimes d’€ après avoir claqué 200 € en volailles farcies.
- S’il vous plaît, je sais que vous fermez, mais j’ai une bricole à acheter, c’est tout ! = Mais oui, et une fois que j’aurai un pied dedans, je ferai mes courses pour le mois.
- [sans dire bonjour] C’est où ce produit ? = Esclave, obéis-moi, et sois poli à ma place, je suis trop las pour faire usage des bonnes manières
- Je suis une VRAIE cliente Picard = J’ai du pognon, sans avoir ramé que dalle dans ma vie, à part épouser un homme riche que je n’aime pas, et je pisse sur les travailleurs, toi y compris.
- Ah, il bippe pas, c’est gratuit ? = J’ai un humour de merde, et j’espère que ça va marcher pour la 500ème fois… Je connais pas d’autres blagues, de toutes façons.
- Excusez-moi, j’avais pas vu que vous fermiez = Je suis atteinte d’une maladie neurologique qui m’empêche de faire un lien entre la fermeture d’un magasin et l’heure, et les volets roulants déjà descendus depuis 10 minutes.
- Je cherche ces produis, vous pouvez m’aider ? = Vous pouvez faire mes courses à ma place ?
- Vous avez des queues de langouste ? = Pardonnez, je suis aveugle, j’ai raté le premier bac en entrant rempli de ça
- Désolé, j’ai pas moins que 100€, comme billet = J’ai envie de me faire de la monnaie, ça tombe bien, j’ai acheté pour 9€45 de bouffe
- Je me suis trompée de code, pardon, j’ai tellement de cartes, je me trompe tout le temps, huhuhu = Espèce de pauvre, bave !
- Vous avez de la joue de biche ? = Bah quoi ? On est dans un Picard, oui ou merde ?
- Vous savez, je suis riche, je n’ai pas besoin de voler, MOI ! = Salope, tu m’as prise en flag !
- Je peux utiliser vos toilettes ? = Chez moi, j’ai pas de sanitaires, désolé…
- Comment ça, je ne peux pas utiliser de chèque déjeuner sur des bûches ? = Damned, encore raté !
Et oui, chers amis, chers lecteurs… Le langage du client est parfois incompréhensible. Heureusement, tonton Had est là pour vous aider !
Prochainement un guide en plusieurs parties publié aux éditions Altaya.
Cette année, comme chaque année, c’est le téléthon. Comme chaque année, on est soumis à des dons, et on nous regarde depuis nos journaux, nos télés, nos radios, nos affiche, comme si nous étions des êtres sans cœur, si nous ne donnions pas de l’argent pour sauver des pitits n’enfants humains.
Dons directs en espèce dans les stands téléthon, dons par chèque, par la poste, par sms, par virement, par achat d’un produit dont un pourcentage est reversé, etc… Et à côté, y’a la lutte contre le sida. Je sais, le sida, c’est grave. Et on donne. Et y’a de la recherche. Mais, avouons-le, une traînée ou un drogué, ça génère moins d’audimat qu’un myopathe baveux émouvant à souhait, dégoulinant de bons sentiments et de salive devant des MILLIONS de téléspectateurs, qui ne peuvent s’empêcher de donner, et parce qu’en plus, y’a leur personnage du showbiz préféré sur France 2.
Je suis complètement amer. Et pour cause. Je ne peux juste pas supporter qu’on n’en ait rien à foutre d’un malade du sida, alors qu’un handicapé qui va mourir sous peu , c’est tout de suite “obligé” qu’on va le suivre de près et tout faire pour qu’il survive. Parce que Jean-François, séropositif, après, tout, il va pas mourir, puisqu’on a INVENTÉ le remède au Sida, alors que Baptiste/Léo/Mattéo/Yanice, souriant comme il peut, lui, on sait qu’il va mourir. Mais on veut qu’il vive. Alors on donne.
Vous savez quoi ? Baptiste/Léo/Mattéo/Yanice, il est voué à mourir jeune. Oui. Le remède n’existe pas, et il mourra en souffrant, en faisant pleurer tous ses proches, mais dans un oubli médiatique le plus profond. Au moins, “Jeff”, lui, est peinard. Tout le monde s’en branle de lui. Enfin, non. Les employeurs s’intéressent à lui suffisamment pour ne pas le vouloir dans leur équipe. Un homme séropositif, vous comprenez…Et puis, on va pas mettre des gants, pour bosser sereinement. De toutes façons c’est SA faute si il est contaminé, il n’avait qu’à pas niquer comme un connard. Jeff a 40 ans, maintenant. Si il est atteint du Sida, c’est parce qu’il a couché avec une mauvaise personne. Comme souvent c’est le cas. Mais Jeff a une particularité : Il n’a jamais été un Rocco en puissance. Non. Il est sorti de ses études d’ingénieur, longues, puceau. Il a rencontré une fille. Qui l’a charmé. Il a couché avec elle une fois, seulement. Maintenant, tous les jours à heure fixe, il s’enfonce dans le gosier des grammes de médicaments, qu’il doit garder au frigo, et ingérer des pilules grosses comme la moitié de mon pouce. Il est souvent malade, à cause de ce qu’il prend pour ne pas mourir. Jeff est au stade 1, c’est à dire qu’il peut vivre. Et même peut-être avoir des enfants, selon un certain protocole de surveillance. Sa femme en est heureuse, d’ailleurs. Eh oui, Jeff a pu se marier. Il est homme au foyer. Lui qui était ingénieur, quand même.
Le myopathe tout meugnon et malsain, lui, est-ce qu’il a cotisé une fois pour les retraites ? Est-ce qu’il contribue au PIB de la France ? NON. Lui, c’est un trou dans nos dépenses vaines de santé, parce que pour un enfant, c’est tellement important de claquer des millions d’euros en soins et appareillages, même s’il n’aura pas le temps d’avoir des poils sur le kiki. Couic. Sauf qu’il est plus bankable que notre beau diplômé, qui pour l’opinion publique n’est qu’un dépravé qui n’a eu que ce qu’il méritait.
J’aimerais que Gad Elmaleh tienne par la main une nana séropositive, sur une affiche de téléstar, avec marqué en titre-citation : “Parce que j’ai eu de la chance et qu’elle, non”…
Pendant que Beubeu, 16eme du nom, dit que la capote ne sert à rien dans la prévention du sida, le monde entier ne dit rien. Après tout, baiser avec une capote, c’est pour les infidèles, et les dépravés sexuels. Par contre, baiser naturellement, c’est DIEU qui a dit de le faire, alors ça m’arrange bien, parce que le latex, j’aime pas ça.
Plus sérieusement, les maladies orphelines portent bien leur nom : Orphelines. Très peu de gens atteints. Et de plus, quitte à nous montrer un truc qui nous toucherait, autant mettre les chiffres : 4.7 /100 des français sont atteints de maladies neurodégénératives, etc… C’est toujours plus parlant que 100 connards en shorts et en fauteuils qui claquent au bout de 10 ans d’existence lancinante, non ?
Si je m’énerve, aussi, c’est parce que la communication sur le VIH ne marche plus très bien. Comme c’est un problème qui peut nous arriver à tous, tout le monde s’en branle. C’est presque à la mode d’être atteint. Parce qu’être en bonne santé, c’est putain de “mainstream”, quoi. Et puis, les jeunes, ils ont tout compris. Voilà ce que nos petits frères savent du Sida :
- On ne peut plus en mourir, y’a un traitement.
- C’est une maladie de pédés, alors je sodomise pas sans capote. Par contre le vagin, pas de soucis.
- Le vaccin, c’est presque prêt, qu’ils disent à la télé.
- De toutes façons, j’aime pas baiser avec une capote, c’est pas naturel, et on sent rien.
- Et puis, je lui fais confiance, et à mes maîtresses aussi.
Voilà notre jeunesse. Voilà ce que nos cons de frangins pensent. Et en plus, les religieux foutent la merde. Et nos soeurs, elles, ont peur de perdre l’amour de leurs connards de premiers copains si elle baisent avec une capote et que lui ne veut pas. Au pire, elles tomberont enceintes, et elles toucheront des allocs, comme les petites anglaises.
C’est là qu’il faut agir, pas en faisant des programmes avec plein de bons sentiments, d’acteurs, de chanteurs, de célébrités et de déchets en fauteuils qui ne verront ptêtre même pas si on garde Sarko comme président ou bien si il sort. 2 700 000 personnes meurent chaque année du sida, dans le monde. Par manque de moyen, ou d’information. La myopathie, c’est juste pas de bol, même en informant le gamin, il peut la développer. Alors qu’on peut empêcher le sida. On peut le faire. C’est vraiment pas dur, en plus.
Mais ce qui aiderait, c’est des capotes moins cher. Et pour les gratuites, qu’elles soient juste aussi bien que des payantes.
Je vous fais part de ce nouveau billet empreint de haine gratuite, du fond de mon lit, la tête nauséeuse et douloureuse. Suite à un arrachage de dents, dans les règles, la douleur est installée, en raison de travaux d’urbanisme dans le sud de ma bouche. Et les médicaments n’y font rien, ou alors si, mais à forte dose, et j’ai droit à tous les effets indésirables. J’en conclus qu’il est possible de faire un bad trip avec des antidouleurs. Youpi.
Parlons aujourd’hui d’une chose que les clients/gens on oublié : la politesse. Rien que le concept de dire “pardon” à une personne à qui on a écrasé un pied paraît étranger de nos jours. Et pour une fois, je ne taperai pas sur les jeunes ou les enfants. Mais plutôt sur leurs modèles : les adultes.
Rien que de dire “bonjour”, quand vous entrez dans un magasin. Je sais que c’est bizarre, mais quand le vendeur vous dit bonjour, la moindre des politesses, c’est de lui répondre. Poliment, s’entend. J’ai souvent droit à des connards qui [coupure sommeil médicamenteux : j'ai repris 12h après l'écriture de cet article] ignorent complètement tes appels au salut post-entrée dans le magasin. Quand ils arrivent enfin à ta hauteur, pendant que tu as la tête dans un bac, ils marmonnent très bas : “j’ai pas trouvé tel produit”. Généralement, tu peux être certain que je leur coupe la parole en les regardant en souriant, avec un simple mot : “Bonjour ?”. Rares sont ceux qui font “ah oui, pardon, Bonjour monsieur”. Naaaaan, en général, tu as droit à un truc qui équivaut à “ouais, c’est ça, alors, c’est où tel produit ?”.
Je les vois mal faire ça à Auchan. On me dit que si, apparemment.
Pas plus tard que ce matin, j’ai eu droit à une mamie-pute qui m’a tiré hors de mon travail en arrière boutique : “je ne trouve pas la purée de pomme de terre au filet de colin”. Bon, je vous laisse deviner si elle m’a dit bonjour ou pas… Il se trouve que son produit s’appelait en fait “Parmentier au filet de colin”. Je lui ai dit que nous allions (elle et moi) chercher, comme je le fais à mon habitude. Ce à quoi elle m’a dit “Oui oui, allez chercher, je vais continuer mes courses pour ma part”. Pardon ? Elle déconne, là ? Si pour qu’au final je me prenne un “ah non, finalement, j’en veux pas”, je prends pas le risque. Mais bref, elle s’est fait aider par ma collègue pour l’intégrale de ses courses, pendant que je retournais bosser en arrière boutique (merci, collègue !).
Y’a des gens qui ne vont pas te parler, ne pas te saluer, ne pas te regarder, et une fois à la caisse, prennent la parole. Certains pour te regarder dans les yeux, et dire “merci, au revoir, bonne fin de journée”. Y’en a beaucoup, et c’est le minimum. Disons aussi que tous les clients ne nous entendent pas quand ils rentrent. Mais d’autres posent leur sac/glacière à l’autre bout de la caisse, soit hors d’atteinte, et attendent que tu le remplisses. Sauf que tu peux pas : c’est trop loin. Et puis, certains clients mettent leur sac là pour pouvoir le remplir eux même. Donc c’est un peu légitime de ne pas prendre l’initiative. Mais non, ils faut qu’ils ouvrent leur claque merde, certains, après un dédain et un silence infâme. Et ça va être sur un ton outré : “Comment, vous ne le remplissez pas ? C’est plus ce que c’était, Picard/les jeunes/le service/la qualité/mes couilles”. Et quand tu leur explique que le sac est beaucoup trop loin, la réponse que tu te prends, c’est encore plus de dédain.
Au menu, demain, du gigot de bourgeois et du ragoût de connard au risotto verde. N’oublions pas les macarons au foie de sans-gêne, et un duo de trouduc aux tomates confites. En dessert, un vacherin de vieille bique saupoudré de grosse pute concassée.
(ce menu ne convient pas aux végétariens, merci de contacter le service client en cliquant sur le lien “commenter” et en vous abonnant à mon flux RSS ou à ma page FB)
A l’instar de ma petite Miloon, je vais reprendre une activité délaissée depuis l’époque où je taffais en camping, et que je vous contais les magnifiques perles qui m’arrivaient ou que je voyais.
Je vais reprendre ça avec mon univers tout de bacs et de glaces, et de créatures figées dans le givre.
- J’ai eu droit à une greluche et son tcheum, en train de rire niaisement et fort, et de manière très désagréable. Pendant que Monsieur était occupé à tripoter ses nichons sous le blouson en skai de l’autre pétasse, je m’installais à la caisse, et lançais un habituel “Monsieur-Dame…”. Ils s’arrêtent de suite, et pendant que je passe les produits de la façon la plus neutre possible, la femelle se sent obligée de me dire “Excusez-nous, on est des jeunes mariés-han”. Ce à quoi, je hoche la tête le plus neutre possible. Plus Suisse que moi, tu meurs, à ce moment. Puis, une fois l’euphorie de l’annonce, qu’elle s’est sentie obligée de me faire partager, son visage passe à celui de la mal-baisée (déjà ?), et m’annonce d’un ton glacial “par carte”. Pendant qu’elle tapote son code et prend son ticket, je remarque qu’elle sort son iPhone avec coque liserée de (faux?) diamants, marque Dior, à côté de ses lunettes de soleil Dior (il fait nuit depuis une heure). Elle repart en m’ignorant. Son mari ne m’a pas regardé une seule fois. Rires affreux et niais sur le chemin de la sortie.
Epilogue : la cliente d’après, ayant vu le spectacle, me regarde d’un air compatissant et souffle, joues gonflées, la respiration lourde de critique envers les futurs ex mariés.
- Un couple, assez thunés rentre, et au moment de passer à la caisse, le monsieur met bien en évidence son iPhone 4S, sur la page de la bourse, en faisant un commentaire satisfait à ce propos, et sort son American Express (ou “AMEX”). Huhuhu.
- Je me fais violer la borne de CB au moins 40 fois par jour, et à chaque fois, ce sont des femmes qui l’enfoncent très fort. Souvent trop vite. Je dois recommencer la procédure.
- Corrolaire : ces mêmes femmes (désolé, mesdames, mesdemoiselles, mais si ce ne sont pas toutes les femmes qui font ça, les hommes ne le font pas du tout, EUX) referment les bacs de congélation toujours de manière violente. Il y a quelque chose de pourri au royaume de leur vie/couple/famille.
- Certaines vont pas remplir les sacs/glacières avec leurs denrées, et laissent le mari tout faire, jusqu’à payer. Pendant ce temps, elles font rien et critiquent la façon de faire de leurs hommes de ranger (lenteur, organisation), sans venir donner le moindre coup de main. Elles en profiteront pour me regarder, attendant mon approbation sur leur jugement de leur homme, avec ce sourire que je ne leur rend pas souvent, pour cette situation : d’une, je suis un homme, moi aussi, et par solidarité burnesque, je vais pas abonder dans son sens, surtout si Monsieur se démerde pas mal ; de deux, je vais pas cautionner ses propos, tout simplement, parce qu’elle en branle pas une.
- Y’en a aussi certaines (désolé, enfin ! Je vois pas UN mec faire ça) qui, pendant que tu remplis le sac qu’elles t’ont laissé “négligemment” trépignent d’impatience, la carte tenue dans une main crispée, attendant qu’une seule chose : LA RENTRER ! Et ce, sans même savoir pour combien elles en ont. Je comprends mieux le cliché qui dit que les femmes aiment faire “chauffer” la carte bleue.
- Un gosse pas très joli, qui a tendance à ouvrir tous les bacs, avec une voix de punk (à 8 ans. Oui. TGCM), hurle à sa mère, et même pas à moi, une fois à la caisse : “C’est MOI qui ai choisi la pizza, c’est MOÂÂÂÂÂÂÂ !”. Mais sérieux, dude ?
- Deux gros diabétiques de 50 ans, mari et femme (ou frère et sœur) arrivent, les joues rouges, l’oeil jaune, passent la porte d’entrée, et sont essoufflés. (Je précise : tout est plat, dans le coin)
- OWI OWI OWI ! Je la vois enfin, la famille catho avec la mère, la fille, le fils. Tous les trois ont le même blouson doudoune sans manche, la petite fille (blonde) a un noeud papillon dans les cheveux, et porte des souliers. Je repère une chemise à carreaux dans les vêtements du fils.
Une idée :

J’ai toujours aimé voir les gens autour de moi se prendre pour des adultes. C’est amusant et affligeant, c’est “afflisant”, quoi.
Mais, maintenant, je suis arrivé à un stade où je me dois d’appliquer des codes moraux. Et ça passe par plusieurs choses.
Oui, maintenant, j’ai un boulot. Je suis donc quelqu’un qui sait ce que c’est que la vie. Je peux me trimballer où je veux et regarder les gens de haut, parce que MOI, J’AI UN BOULOT ! Je peux faire chier les gens en soirée, à partir à 22h, en disant que “y’en a qui bossent, hein !”. Je peux emmerder les jeunes dans les immeubles qui rient un peu fort passé 21h, en leur disant que ce sont de sales branleurs qui devraient faire comme les honnêtes gens (moi), et chercher un boulot pour se coucher tôt et enfin faire comme moi : niquer leur plaisir en faisant chier très tôt dans la soirée, parce qu’ils profitent de leur jeunesse.
Maintenant, je peux emmerder les étudiants, en leur disant qu’ils ont la belle vie, et que ces cons sont coincés avec leurs bourses, leur job à mi-temps, et leur hashich bon marché acheté au Mirail, entre deux cours. Je peux les faire baver : je m’achèterai un écran géant, un distributeur d’alcools pour-faire-comme-dans-les-bars, des whiskys 20 ans d’âge, pour me la péter, des glaçons en céramique (pour pas faire fondre de l’eau dans mon whisky, m’voyez), une voiture meilleure, un service de table qui en jette, un nouveau canapé simili-cuir, un home cinema.
Je me paierai mes dvd, parce que “être salarié fait de moi un adulte responsable”, et que je n’ai pas de raison de télécharger mes films comme un malpropre. D’ailleurs, je n’ai jamais rien téléchargé de ma vie, c’est faux, ne me regardez pas comme ça !
Et comme en plus, j’ai une meuf (pardon, une copine, ou une petite amie), je complète mon tableau parfaitement. Maintenant, personne ne me regarde avec cet air de dédain. Je ne suis plus un homme libre qui baisait avec qui voulait bien baiser avec. Je ne suis plus un Dom Juan, je ne suis plus un homme qui ne sait pas ce que le mot “amour” veut dire, et maintenant, je suis sensé savoir ce que le mot “respect” veut dire. Parce qu’il faut bien le dire, mais avoir des amantes, ou des plans cul, c’est juste manquer de respect aux femmes, et à la féminité en général !
Maintenant, je suis en couple. J’ai un boulot. Je pense qu’il serait bien qu’on pense à officialiser tout ça. Il serait de bon ton que nous commencions à vivre ensemble dans un appartement, que nous emménagions avec nos affaires. D’ici quelques semaines, je pense demander sa main, et on se fiancera, parce que nous nous aimons. On arrivera à se marier, mais quand on aura une situation stable, hein. Et peut être qu’on fera des enfants. Ca fera tellement plaisir à ma grand-mère, tiens. Et d’ailleurs, plus question de fréquenter d’autres gens que des couples. Ils n’ont rien compris à la vie, ces gens. Et il ne faut pas qu’ils nous tentent avec leur morale débridée.
STOOOOOOOOOOOP !
Bordel…
Je suis obligé de m’interrompre moi-même, parce que ça ne me ressemble pas. Oui, je travaille cette année, et oui, j’ai une copine. Mais j’ai même pas 23 ans, et je vais pas commencer à vivre comme un vieux, et ruiner ma jeunesse. Combien de gens autour de moi se marient, font des gosses ! Rien que dans mon école d’infirmiers, 4 meufs se sont mariées, PENDANT leurs études. A 22 ans ! J’en connais qui sont tombées enceintes et qui ont décidé de garder le mioche, à 24 ans. Bordel de merde, c’est quoi cette mouvance des couples qui se prennent déjà pour des putain de vieux pantouflards ?
C’est vrai que c’est super engageant comme vision, deux jeunes de 23-24 ans qui boivent une tisane, les pieds sous la couette, en regardant NCIS, le soir. Mais attention, pas trop longtemps, sinon on va être fatigués, hein. Ces couples tellement vieux dans leur tête qu’ils sont obligés de pimenter leur vie sexuelle. A MON ÂGE, PUTAIN ! Être obligé de faire les sex shops à l’affût de l’expérience tellement innovante dans le couple qu’elle ravivera l’amour qu’on se porte et le désir qui nous consume. Ainsi, les couples de jeunes-vieux se retrouvent à acheter des godes-ceintures, des kits de bondage, des panoplies de sex-roleplay, de chercher des personnes extérieures pour faire des plans à 3 très “ouh làlà, ce qu’on est vilains, ouhouhouhouh…”
Mais merde, à la fin ! Je veux pas prendre du bide, parce qu’on mange des bons petits plats, je veux pas m’encroûter et rester comme un con avec ma copine, plutôt que de sortir. Je veux la désirer avec ma bite, une capote, et son corps nu sous mes yeux, sans avoir recours à des artifices parce que baiser normalement ne m’excite DÉJÀ plus ! Je veux pouvoir fréquenter des étudiants, en les estimant, parce que moi aussi, je serai de nouveau étudiant, dans un an. Je veux garder cette simplicité propre à mon âge, je veux être libre, même si je dépends encore de papa et mam…euh non, juste papa. Je veux être un jeune con, parce que j’ai l’âge pour l’être.
Je deviendrai un vieux con le temps voulu, je ne me fais pas de souci, là dessus