On pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres.

Je suis quelqu’un de maladroit. Non pas des mains, s’entend, mais de ma parole. Et ce n’est pas par besoin de nuire ou par fainéantise. Mais je suis parfaitement conscient de parfois je dis des choses déplacées.

Non, c’est pas des choses déplacées, pardon. C’est juste que c’est pas forcément le moment d’en parler quand ça me vient à l’esprit. Mais du coup comme j’y pense, je veux en parler. Et sans but de minimiser ce qu’on va me dire en face. Mais juste pour qu’on n’oublie pas que ça existe aussi.

Chaque fois qu’il est question de violences sexuelles, sexistes, d’agressions envers des femmes par des hommes, je suis révolté et compatissant envers mes consœurs, parce que j’ai suffisamment d’empathie pour que ça me touche. Je reste persuadé que ce genre de situations, d’expériences et de comportements négatifs (et c’est peu dire) n’a pas sa place dans la société, dans nos vies, dans notre monde.

J’ai vu pas mal de gens souffrir de viols, séquestrations, agressions physiques, mentales, sexistes, parce que c’étaient des femmes. Comme disait Dany,  quand on sait qu’une femme sur dix a subi un viol dans sa vie… ça pèse. Nos femmes, nos tantes, nos sœurs, nos cousines, nos amies… Au moins une femme que vous connaissez personnellement a subi ça.

Et c’est révoltant.

Autant que l’autre côté du miroir, bien moins concerné, mais quand même présent. Ces hommes qui subissent des violences de la part de femmes, mais dont on n’ose pas parler.

Et ça, c'est en Australie

Et ça, c’est en Australie

L’erreur que j’ai faite, souvent, en voulant parler de ces victimes masculines, réside dans le fait que je n’ai pas à l’esprit ce problème en permanence. Du coup, je n’y pensais que lorsqu’il était question d’indignation face aux violences envers les femmes. Les deux sujets étant liés, selon moi (violence sexiste), bien que différents et absolument pas comparables, j’en venais à l’évoquer, en retour.

Et le problème n’est pas que je cherchais à minimiser le sujet des femmes, alors que je voulais juste qu’on n’oublie pas que certains hommes aussi en souffrent. Le problème,  c’est que ce n’était pas le moment d’en parler. Un peu comme quelqu’un qui vous dit qu’il souffre horriblement, pendant que son appendice est enflammé, le temps que l’ambulance arrive. Vous avez aussi envie de partager que vous avez eu mal, quand vous vous êtes cassé le tibia, il y a longtemps. C’est compréhensible, mais c’est pas le moment. La personne en face souffre. Elle veut juste que vous compreniez, là, maintenant. Elle s’en fout de votre tibia. Elle s’y intéressera plus tard.

 

Maintenant que j’ai fait ce petit parallèle (qui fera croire au-x mal-s intentionné-e-s que je compare un viol à une appendicite), j’espère que vous comprenez un peu ma démarche.

 

Je voudrais qu’on parle des hommes qu’on abuse et qu’on violente. Comme ça, de but en blanc. Sans faire de comparatif, sans dire « ouais, mais y’a aussi des mecs qui souffrent » quand on me parle de violences conjugales, sans vouloir taire la douleur de ces femmes.

 

Je veux vous parler de ces hommes qui souffrent, et qu’on oublie. Ou qu’on ignore.

 

 

J’ai toujours été défenseur du droit des femmes (sauf à chanter du Disney à fond les gamelles, sur les balcons), dans le sens que pendant très longtemps je pensais que l’égalité des sexes (ou genres) était un combat qui devait être mené dans un sens bien défini : amener les femmes au même niveau que les hommes. J’ai compris bien plus tard que le travail devait être mené sur deux fronts : régler les injustices des hommes et des femmes, parce que plusieurs critères sont concernés.

 

Et donc je défends également les droits des hommes, mais d’un point de vue égalitariste.

 

Et c’est pour ça que je veux parler de ces hommes qui sont battus, agressés. Simplement. Parce qu’on ne doit pas les oublier.

Mais ça existe ?

 

Eh bien oui ça existe. Bien moins que les femmes, mais ça existe. On estime qu’il y a plus de 100 000 hommes victimes de violences au sein de leurs couples par an.

En 2012 et 2013, 150 000 hommes… pour 400 000 femmes.

On va pas jouer à « qui c’est qu’a la plus longue », je vais pas faire du révisionnisme. Gardez à l’esprit que les femmes sont bien plus souvent victimes que les hommes.

Mais le chiffre existe. Des hommes se font dégommer par leurs femmes.

 

Et le phénomène est assez insidieux.

 

En effet, dans une société où la faiblesse n’a pas de place, comment se faire entendre quand on vient raconter qu’on s’est fait battre par sa femme ou son ex-copine ? Surtout quand on sait ce que ça implique.

La société demande aux hommes d’être forts, de ne pas avoir de sentiments ni de faiblesse. Il suffit d’allumer votre télé (pour ceux qui la regardent) pour vous en rendre compte. Pubs, films, émissions, clips… un homme, c’est fort, c’est pas un pédé, sinon, c’est un pédé.

Qui va vous prendre au sérieux si vous osez parler du fait que votre compagne vous « malmène » ?

 

Vos amis ?

 

Votre famille ?

 

La police ?

 

Déjà, si jamais on veut bien vous accorder le bénéfice du doute (parce que bon, c’est juste une gonzesse, votre compagne), on va vous dire de lui « montrer qui c’est le patron ».

Ce n’est pas reconnaître le problème, c’est botter en touche. Rappeler que l’ordre des choses c’est XY>XX et non pas le contraire. Alors maintenant vous vous prenez en main et vous ne vous laissez pas faire.

J’en profite pour rappeler que les femmes dans le même cas n’ont pas forcément droit aux meilleures réactions : « oh, mais tu sais, les mecs sont comme ça » ou « tu sais, je suis sûr qu’il ne l’a pas fait exprès » ou encore « tu es sûre que tu ne l’as pas un peu cherché, aussi ? ».

 

Il est bon de constater que les hommes ne sont pas sans soutien dans des situations comme celle-là. Des initiatives comme SOS Hommes Battus existent. Ou plutôt ont existé. L’association a dû se mettre en pause, faute de subventions ou de cotisations.

Difficile de cotiser quand on est victime et que les dépenses sont surveillées au centime près.

Difficile d’avoir une célébrité homme qui défend la cause.

Difficile de se battre pour des victimes que la société ne veut pas voir (déjà que les femmes, elle les ignore, alors les mecs…) : il faut déjà que les policiers arrêtent de se moquer de vous et acceptent de « perdre du temps » et enregistrent la plainte.

Difficile quand le sujet est tabou.

 

« Nous sommes encore dans une société latine, où l’homme doit savoir « tenir » sa femme » , d’après la fondatrice (et oui !) de l’association.

 

Et franchement, il ne faut pas chercher longtemps sur internet pour apercevoir pléthore d’articles sur le sujet.

C’est réconfortant en un sens, parce que ça veut dire que des hommes et des femmes reconnaissent l’existence de ce phénomène.

 

Mais une femme, c’est pas plus faible physiquement ?

Alors oui, en effet, il y a moins d’agressions physiques. On est plutôt dans le psychologique.

Menaces, pression, mise dos au mur, domination… Il y a un éventail de coups très large.

D’après Anne-Laure Buffet (coach psychologique à Boulogne), « Le plus fréquemment, c’est la femme qui pousse l’homme à bout pour le forcer à réagir en se disant que s’il la frappe en retour, elle ira porter plainte et pourra ainsi se faire passer comme victime ».

Parce que oui, cette épée de Damoclès est pesante. C’est l’une des immenses menaces à exercer : risquer de se faire ruiner sa vie de la manière la plus injuste. J’ai parfaitement conscience de la détresse que ça peut générer.

 

Je repense aussi à ce formidable article paru sur MadmoiZelle (oui, j’ai dit ça) : http://www.madmoizelle.com/viol-conjugal-hommes-337616

Cet article raconte comment le chantage affectif de sa compagne pousse un homme à coucher avec elle contre son gré, allant jusqu’à se blesser, de trop de masturbation pour ne pas bander. Jusqu’à une déchéance totale d’alcoolisme lui ayant fait perdre son emploi. Le tout saupoudré de culpabilité.

 

Parce que c’est ça aussi : la culpabilité ressentie par les victimes. Ce truc étouffant qui fait qu’ils se détruisent de l’intérieur.

Et à quoi ils ressemblent ces mecs ?

A n’importe qui, en fait. Gros, mince, musclé, gringalet, blanc, noir, jaune… Tous les types sont atteints. La violence n’a pas de préférence. Le fait de mettre leur femme sur un piédestal souvent les met dans le déni.

 

Mais elle a plutôt tendance à monter insidieusement, dans le cas des hommes battus. On a pu voir des schémas similaires d’installation de la violence : Au début des violences, les hommes se remettent en question, cèdent aux caprices de leur compagne. C’est peut-être eux qui s’y prennent mal, après tout ? Sans confrontation de la part de ces hommes, c’est la porte ouverte à la spirale de la violence. Elle peut commencer par des privations, de l’isolement, et il peut se passer des années avant la brutalité physique. Si ça se trouve, vos voisins retraités sont dans ce cas là (http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/08/26/01016-20100826ARTFIG00321-un-septuagenaire-torture-par-son-epouse-dans-les-vosges.php).

 

D’où ça vient, du coup ? Pourquoi diable des femmes font ça ?

D’expériences combinées, il semblerait que la majorité des femmes violentes en couple aient eu des enfances capricieuses, à user et abuser de la colère pour obtenir ce qu’elles voulaient. On retrouve également un schéma parental montrant un père violent ou une mère dominante, d’après Sylvianne Spitzer.

 

Une reconnaissance est en cours de ce problème « mineur ». Le fait que des féministes rappellent qu’il n’y a pas que des femmes qui sont battues dans les couples, le fait que la loi reconnaisse enfin le viol femme/homme… Mais c’est encore difficile d’en parler sans être pris pour un rigolo, ou pour un faible. Ou parce qu’il est encore plus difficile que pour les femmes d’avoir des statistiques fiables. On est encore dans la sous-évaluation, par manque de données.

 

J’ai, pour ma part subi des pressions psychologiques, mais jamais au niveau extrême qu’on peut lire dans certains journaux. J’ai mis un temps à me libérer des séquelles de quelques-unes de mes relations. Le manque de confiance en soi, surtout. Quand quelqu’un que vous aimez, que vous idolâtrez est une personne qui ne manque jamais de vous rabaisser en public, de vous dire comment vous devez penser, que vous pouvez vraiment dire des débilités des fois, qu’elle a honte de vous… Vous n’en sortez pas indemne.

Bien entendu, ce n’est tellement pas comparable à ces histoires difficiles que vivent ces hommes, mais je pense que c’est important de dire que ça existe. De ne pas attendre que des femmes soient retrouvées mortes pour qu’on rappelle que des hommes aussi meurent chaque année. En effet, une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son mari. Dans le cas contraire, on est plutôt dans l’ordre de 2 semaines.

 

Et même si c’est pas comparable, même si les chiffres sont tellement plus sordides pour les femmes, même si la société est patriarcale depuis 2000 ans, même si il y a un sentiment revanchard qui gronde chez les femmes, et les sexistes…

 

La violence conjugale se moque de votre sexe. Luttez contre elle.

Et pour ceux qui ont besoin d’une démonstration sur le manque de reconnaissance : 

(bien entendu, à regarder en entier)

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