Medecination guidée ou la médecine pour les nuls # 2

 

J’avais parlé la dernière fois du premier jour, maintenant des cours de SHS.

 

SHS est une abréviation. Je hais le système administratif français qui ne peut jamais s’empêcher de faire abrévier tous les mots qui sont un peu trop longs. Enfin, loin de moi l’idée de vous faire art de mes états d’âme, donc voici la signification : SHS veut tout simplement dire Sciences Humaines Sociales. En gros, il s’agit d’un gros mélange d’Histoire, de Sociologie, et de culture générale.

L’intérêt principal d’assister à cette matière est de pouvoir découvrir tel un Candide en herbe (à fumer) que l’ambiance, ici, ce sont les doublants qui la mettent. Ceci sera décrit en deux parties

Verbalement :

L’ambiance est avant tout verbale, et d’un raffinement exquis, en voici quelque exemples :

« Assise, chaudière ! »

« Sac à foutre ! »

« Garage à bites ! »

« Blondasse (et autres dérivés) ! »

« Pose ton cul ! »

« Abandonne, primant ! »

 

Et encore, ce n’est que le début du cours et de l’année (à savoir que l’ambiance est plus tendue au début, le relâchement se voit après.)

Une fois le cours commencé, les conneries de base fusent et sont en parfaite harmonie avec le discours du professeur ou de l’intervenant. Par harmonie j’entends ceci :

Bla blablablabla …c’est un cas unique…

NIQUE ? MONIQUE ! DEUX QUI LA TIENNENT, TROIS QUI LA NIQUENT !

 

Bla blablablabla… qui accomplit le processus…

SUCE ! ET AVALE ! ET PASSE A TA VOISINE !

(Subsidiairement, on peut mettre : « et gargarise/c’est pas bon/garde le en fait »)

 

Voilà, je vous laisse deviner comment on peut dériver ça.

 

Les cours étant faits pour aller vite, les doublants ont l’avantage de posséder le cours au préalable, puisqu’ils l’ont déjà abordé l’année précédente, à un ou deux détails près. Ce qui fait que si une diapo passe un peu vite, les primants estomaqués se redressent tous en même temps, étouffant leur surprise, mais pas assez correctement :

Abandonne primant, tu l’auras l’année prochaine !

Ce à quoi un autre doublant emboîte le pas :

Enchaîne !

Ce cri est adressé au prof, souvent en fin de diapo, pour qu’il passe à la suivante, sachant qu’il s’en tape un peu des primants, même si rappelez-vous il est normalement question d’équité.

 

 

Sur le plan de la gestuelle et du manuel, disons que c’est un accompagnement.

Il y a :

Les avions (dont le but est de toucher le mur du fond, un primant ou mieux encore – et plus dangereux – le prof) accompagnés à la bouche d’un sifflement de bombardier Stuka

Les jingles ou chansons mises avec le portable. Parmi ceux là on retrouve Aqua, Rocky, les Bronzés, etc.

Divers projectiles (journaux enroulés, bouffe en tous genres, tampax avec de la sauce barbecue…)

Taper sur les tables

 

J’ai zappé un truc.

 

L’avant cours.

 

Là où les doublants sont encore plus lourds. Etant donné que les doublants veulent foutre le bordel dans l’amphi où se situe le prof, il faut garder des places, en occupant l’une des deux doubles portes de l’amphi 4. Durant la demi-heure précédant le cours, c’est la guéguerre civile : chute d’œufs, de kiwis, de mayonnaise, de farine (il en reste depuis la veille), du dentifrice (?), des gobelets usagés. Et tout ce qui ne sera pas lancé là sera gardé pour le cours. Tout est prévu, primant, ne t’inquiète pas.

Sinon les chants distingués de rugbymen sont chantés bien fort, bien faux. Eloge du sexe, des filles faciles, des doublants, de l’alcool et encore du sexe.

Pour savoir, tape « Chansons paillardes » sur ton ami (google) et ça ira mieux.

 

Le seul moment de répit que va avoir le primant durant le cours pour apprécier le calme sera le moment où le vigile (pardon, l’appariteur) va se pointer et faire le vigile, normal, quoi.

 

Ce qu’il faut faire lors du premier cours de SHS :

 

Prévoir comme la veille des fringues qui ne craignent pas trop

Garder son self control

Être patient

Être rapide pour la prise de note

 

Ce qu’il ne faut PAS faire lors du premier cours de SHS :

 

Prévoir de quoi riposter

Plier aussi des journaux comme les doublants

Tirer (on vous avait prévenu, bordel, maintenant vous êtes fiché comme « rebelle »)

Noter le cours avec plusieurs couleurs (vous l’aurez l’an prochain comme ils disent)

Faire le con avec ou contre les doublants, le moment n’est pas venu

La fois prochaine, on va parler de mon cul

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Description des études médicinales (oui je sais, je devrais dire médicales, mais bon c’est moi que j’écris, alors acceptez mes écrits) ou la médecine pour les noob #1:

L’entrée en médecine est un grand moment de votre vie. Je n’entends pas par là que vous entrez dans le monde grandiose et merveilleux du secteur santé, mais plutôt du sale quart d’heure qui vous attend.

*Arrêt sur image*

Vous vous souvenez de ces films américains pour ados (teen movies pour les bilingues). Vous vous rappelez de ce qui se produit les premiers jours ? Oui ? Non ? Pour ceux du fond qui sont incultes (mais peut-on parler de culture ?), les premiers jours se déroulent ainsi : les anciens font des misères aux nouveaux venus, comme par exemple, en scotcher un, le badigeonner de je ne sais quoi, lui vider son sac dans la piscine, le faire boire jusqu’à ce qu’il tombe. Bref, ce premier jour est censé être éreintant, surtout nerveusement.

*Focus*

Heureusement (malheureusement ?), nous ne sommes pas américains, et nous ne sommes pas dans un film. Nous sommes en France. Ici, pas de bizutage sur fond de punk californien et soleil au zénith et ciel bleu. NON ! Ici, à Toulouse, sur le complexe universitaire scientifique de Rangueil, le premier jour n’est pas une scène de teen movie. C’est plutôt un film argentin ou japonais. Tout ce que vous verrez et vivrez ne vous arrive pas vraiment, au bout du compte. Tout est surréaliste. A commencer par l’ambiance.

*Lecture de la scène au ralenti multi-angle*

Sortie du métro. Direction la fac. Il fait un soleil radieux. Les différents étudiants qui se dirigent vers le même endroit que moi sont soit habillés avec de vieilles frusques qui ne craignent rien, soit avec des fringues top fashioooooooooon (on notera plus tard que ce sont ceux-là qui morflent le plus). L’entrée de la fac se fait sans anicroche. Je repère au loin vers les amphis un attroupement de blouses blanches en émoi. On sent les notes joyeuses des quelques 300 doublants qui attendent (im)patiemment leurs victimes. Mais attendez, qui est la victime ? Bordel, c’est moi ! Au fur et à mesure que les marches de l’amphi se font proches, les cris deviennent plus forts. De plus, avec l’affluence due à l’heure, le nombre de victime augmente, donc le nombre de projectiles aussi (surtout à fragmentation, ça touche plus de personnes…). Passer par en bas n’est pas forcément un moyen d’éviter tout ce qui tombe du ciel. Les tomates volent allègrement aux côtés de beaux œufs bien pourris. Le plus dingue c’est que je suis encore épargné, malgré ma trajectoire droite. Je monte enfin les escaliers. Les doublants font un sas humain. Mon tour arrive. Chaque primant entre d’un côté et ressort de l’autre, avec une légère transformation d’apparence. Ça y est, c’est bon j’y passe. Je tends les bras, façon Jésus Christ (et la caravane passe). « C’est bien, primant ! ». Vlan ! La farine ça rend vieux. Un doublant croit que je me la joue. Je monte le peu de marche restante, au milieu de blouses blanches, enfumé par la farine volante. Arrivé dans le Hall, j’ai un haut le cœur qui accompagne mon soulagement : ça pue grave l’œuf ici. Comme je l’avais deviné, les types bien sapés se retrouvent gâteaulifiés (un « gâteau de primant » en somme), de la tête au pied. Surtout les filles qui sortent de chez le coiffeur avec leur permanente (héhéhéhéhé…)… Les appariteurs (vigiles) nous rassurent, ils vont nous faire entrer et empêcher les doublants de faire pareil. C’est gentil. On s’installe, saupoudrant sur notre passage le sol de farine et de coulées d’œuf (pourris, je le rappelle). Avec la chaleur et la promiscuité, c’est encore plus dur de respirer et de ne pas vomir. Les profs et doyens arrivent, le topo est vite fait : bonne chance, ça va chier et « nous voulons de l’équité entre chaque élève ». Là, je me marre. L’équité n’a jamais été respectée. Déjà, le domicile n’est pas le même pour chacun, les cours de la fac ne sont pas suffisants, la preuve, certains prennent des cours en plus. Prenons donc ceux qui ne suivent rien en plus, ceux qui on les cours privés, ceux qui sont aux autres cours privés (où la fac a des actions), et ceux qui sont au tutorat. Je rigole en mon for intérieur. Equité ? C’est du foutage de gueule ! Qu’est-ce que ça pue ici ! Je sympathise avec mon voisin qui a pris vachement d’œufs. Je me prend un Fisherman’s Friend pour supporter la puanteur, ce qui lui fout encore plus la gerbe. Je lui en propose donc un. C’est déjà mieux. Bon on ressort, en passant par en bas. On entend une rumeur grondante venant de dehors… LES DOUBLANTS NOUS ATTENDENT DE L’AUTRE COTE !!!! Ah meeeeeeeerde ! Bon, pas d’excitation, ils ne sont pas à la sortie même mais plus loin et aucun portail ne peut nous mener sur la route. Par contre, la barrière n’est pas haute, je pense qu’on a tous eu la même idée. Max (parce qu’il s’appelle comme ça) me dit que c’est pas la peine, on va passer par le coin qu’il désigne (une espèce de plaine, et merde ! c’est un « no man’s land » son truc !). Non, non, moi j’escalade. Un pied, un autre, je me surélève, et là, sorti de je ne sais où, un doublant en blouse blanche me fonce dessus. Mes mains lâchent sans que je leur commande la barrière métallique. Par contre mes yeux restent ouverts et la farine qu’il m’envoie me repeint une fois de plus le visage et les cheveux. Bon ok Max, je te suis.

*Ralenti/voix off narrateur* Tiens ? Ils ne nous ont pas (encore) repérés. Vite, on court. Bien vu, on entendrait presque les balles (enfin les œufs) siffler. Bon on se dirige maintenant vers les bâtiments de TD pour récupérer les polycopiés. En ressortant, on repère les primantes encore intactes (c’est quand même très fort d’avoir évité tout ça). Intactes ? Pas pour longtemps. Les doublants fouinent ceux et surtout celles qui n’ont rien pris. C’est carrément une omelette crânienne à laquelle ils ont droit. Bon allez, vite ! Courage, fuyons ! Le retour se fait sans anicroches. Justes deux trois regards amusés de connaisseurs. Arrivé chez soi, on se rend vraiment compte de l’ampleur des dégâts : « bon eh bien si ça va être comme ça tous les premiers jours, je vais me raser les cheveux »p1010943.jpg.

 

Ce qu’il faut faire le premier jour :

Venir habillé avec des frusques qui ne craignent que dalle

Les cheveux déjà sales

Rien avoir dans les poches

Se laisser faire sans trop broncher ni se foutre de la gueule des doublants

Prévoir des chewing-gums pour l’odeur

Avoir un sens de l’humour assez large

Etre chanceux

 

Ce qu’il ne faut PAS faire le premier jour :

Se croire intouchable

Venir super bien sapé

Avoir un sac lourd

Insulter ces connards de doublants

Chercher tous les moyens possibles pour ne RIEN prendre car de toutes façons, vous finirez sale voire plus sale que si vous n’aviez rien fait

Escalader trop tard une barrière piégée

 

Ce que vous pouvez faire :

Chercher le moyen d’en prendre le moins possible

Venir déjà sale

Prévoir vous aussi des projectiles (déconseillé, la riposte est forte et l’ennemi bien préparé)

Eviter le seul et unique poulpe lancé sur toute la fac

Arriver tôt (mais attention, l’odeur n’est pas supportable trop longtemps dans un milieu non aéré)

Se téléporter directement (nécessite de gros moyens et surtout d’arrêter les hallucinogènes)

 

 

La prochaine fois je vous parlerai des cours de SHS (où l’on a enfin cours avec les doublants), notamment les premiers jours.